(Dés)ordre intérieur

Ce que notre aménagement dit de notre relation au contrôle

Il y a des lieux où rien ne dépasse vraiment. On ne le remarque pas toujours immédiatement. Tout est beau, calme, cohérent… mais quelque chose, subtilement, semble déjà organisé pour que ce soit lisse (souvenir de votre dernier board Pinterest ici ? ). Une cuisine ultra-rangée, un salon sans coussin, une table toujours nette même en fin de journée. Ce ne sont pas des erreurs de design, au contraire. Ce sont souvent des espaces très maîtrisés, très aboutis. Mais ils racontent quelque chose. Pas sur le style seulement, mais sur un rapport plus intime à l’ordre, au bruit visuel, à ce qui peut (ou non !) inviter dans notre quotidien.

Je le vois chez mes clients et je le reconnais aussi chez moi. Cette envie (ce rêve !) que tout soit à sa place, que rien ne traîne et que l’espace n’ajoute pas de complexité à nos journées déjà pleines. Une cliente me disait récemment, alors qu’on planifiait ensemble sa nouvelle cuisine, qu’elle voulait que tout disparaisse : pas d’électroménager visible, pas de petits objets, pas de traces. Une cuisine presque abstraite. En creusant, on a comprit que ce n’était pas une question d’esthétique pure, mais une façon de retrouver une forme de contrôle, un calme visuel, un espace qui n’exige rien d’elle.

D’autres projets prennent une direction différente. Des étagères ouvertes, assumées, où la vaisselle fait partie du décor. L’espèce de désordre volontaire, vous voyez ? Des coussins qui se déplacent et qu’on ne replace pas immédiatement. Une chaise qui reste tirée, comme une trace de passage. Une bougie éteinte au milieu des verres dépareillés. Nos livres de recettes préférés mal empilés. Rien n’est 100% laissé au hasard non plus, mais l’espace semble accepter qu’il soit vécu, transformé, traversé.

Il n’y a pas, à mon sens, de bonne ou de mauvaise manière d’habiter.

Le contrôle n’est pas un défaut : il structure, rassure, crée des repères. Et l’ouverture au désordre n’est pas nécessairement bonne ou mauvaise : elle demande un certain lâcher-prise qui ne correspond pas à tous les rythmes de vie ni à toutes les personnalités. Ce qui m’intéresse davantage, c’est cette ligne très fine entre ce que l’on choisit consciemment et ce qui nous échappe un peu. Ce moment où l’aménagement devient presque un langage, révélant notre manière d’entrer en relation avec notre environnement, avec les autres, avec l’imprévu.

Chez moi, par exemple, j’ai une tendance naturelle à certains moments à chercher une forme de justesse presque parfaite. J’aligne, je replace (souvent lorsque je parle au téléphone) et j’ajuste sans même m’en rendre compte. Et en même temps, j’essaie doucement de laisser certaines choses vivre. Les enfants m’y amènent naturellement. Un livre qui reste ouvert longtemps après sa lecture, une pile de linges à vaisselle non rangés, une trace de passage qui n’est pas immédiatement effacée. Mon verre de vin de la veille.

Non pas pour atteindre une esthétique plus relâchée, mais pour créer un peu plus d’espace, au sens large. De l’espace pour que la vie circule, pour que tout ne soit pas entièrement tenu et rangé.

Je me questionne pourtant : peut-être que ce n’est pas tant de contrôler ou de laisser aller, mais de se demander ce que l’on souhaite accueillir chez soi. Et ce que l’on préfère, consciemment ou non, garder à distance. Et comme tout, il suffit juste de s’écouter. Et suivre nos saisons.


Ils y a nos lieux qui respirent. D’autres qui organisent. Et entre les deux, une infinité de nuances.

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Métier : Rembourreuse